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Comment recruter un Engineering Manager ou un VP Engineering en 2026 ?

Cécilia Fille16 octobre 2026

Quand une équipe technique grandit, la même phrase finit par tomber : « il nous faut un manager ». Derrière, les situations n'ont rien à voir. Un CTO qui fait encore les entretiens annuels de tous les développeurs. Une roadmap qui glisse. Des seniors qui partent sans prévenir. Un board qui réclame un VP Engineering. Ces cas n'appellent pas le même recrutement, et certains n'appellent pas de recrutement du tout.

Pour recruter un Engineering Manager, partez du problème, pas du titre. Identifiez d'abord si l'organisation souffre d'un manque de leadership, de management, d'exécution ou de structure. Choisissez ensuite le rôle (Tech Lead, Engineering Manager, Head of ou VP Engineering), écrivez son mandat à douze mois, puis évaluez le candidat sur son jugement et sur ce que ses équipes sont devenues, pas sur un test de code.

Ce qu'il faut retenir

  • On ne recrute pas un titre, on recrute la réponse à l'un de quatre problèmes : leadership, management, exécution ou structure.
  • Il n'existe pas de seuil d'effectif universel : des one-to-one qui sautent et des décisions qui remontent toutes au CTO en disent plus qu'un nombre de développeurs.
  • Le Tech Lead règle un manque technique, l'Engineering Manager un manque humain, le Head of Engineering construit la couche de management, le VP Engineering pilote une organisation déjà structurée.
  • Un manager qui ne code plus s'évalue sur son jugement : revue d'architecture, post-mortem, mise en situation et références auprès de personnes qu'il a managées.
  • Promouvoir son meilleur développeur est un pari : une promotion réversible et une filière d'expertise limitent le risque de perdre un expert sans gagner un manager.

Pourquoi tant de recrutements de managers techniques échouent-ils ?

Le plus souvent, ce n'est pas le candidat qui est en cause, c'est le poste qui était mal défini. L'échec se paie trois fois : le recrutement, les départs qu'il provoque, la confiance à reconstruire.

« Il nous faut un VP Engineering » est une conclusion, pas un besoin. Une roadmap qui glisse peut venir de l'exécution (découpe, priorisation), de la structure (équipes découpées contre les flux), du management (une sous-performance que personne ne traite) ou du leadership (pas de cap technique). Ajouter un manager à un problème de structure produit un manager frustré qui ne peut rien changer.

Faites ce diagnostic avec le CTO et le CEO, en notant chaque ligne de 0 (absent) à 3 (aigu).

ProblèmeSymptômes typiquesQuestion testRéponse probable
LeadershipPas de cap technique, débats d'architecture sans finQui tranche, et sa décision tient-elle ?CTO recentré, Staff Engineer, parfois VP
ManagementOne-to-one absents, seniors qui partentChacun sait-il ce qu'on attend de lui ?Engineering Manager
ExécutionRoadmap qui glisse, incidents récurrentsPriorisation ou réalisation ?Tech Lead, travail avec le produit
StructureDépendances, files d'attente, aucun propriétaireUne équipe livre-t-elle seule de bout en bout ?Redécoupage, Head of ou VP

Deux problèmes au-dessus de 2 : le rôle est probablement plus senior que prévu. Seule l'exécution est en cause : vérifiez d'abord le cadrage produit.

Un manager ne compense ni une stratégie produit floue, ni un CTO qui refuse de déléguer. Si le diagnostic pointe vers l'un de ces sujets, le recrutement attend que la direction ait tranché. Sinon, le nouveau manager hérite d'un problème qu'il n'a pas le mandat de résoudre, et part souvent pendant sa période d'essai.

À partir de quand le CTO doit-il arrêter de manager toute l'équipe ?

Il n'existe pas de seuil universel. Will Larson, qui a dirigé des équipes d'ingénierie chez Stripe avant de devenir CTO de Calm, recommande qu'un manager accompagne six à huit ingénieurs et qu'un manager de managers en encadre quatre à six (lethain.com, 2018). C'est une recommandation de praticien, issue de scale-ups américaines à forte croissance, pas une norme.

Séniorité de l'équipe, part de code attendue, astreinte ou charge de recrutement déplacent le curseur : une équipe qui double en un an absorbe le temps de son manager, d'où le mythe du « plus on recrute, plus on va vite ».

Plutôt que de compter, nous recommandons de surveiller cinq signaux. Deux d'entre eux, présents durablement, justifient de décharger le CTO du management direct :

  1. les one-to-one sont reportés ou supprimés plus d'une fois sur trois ;
  2. les décisions qui pourraient être prises par une équipe remontent toutes au CTO ;
  3. le CTO n'a plus de temps pour la stratégie technique, le board, l'architecture structurante ;
  4. les entretiens de progression sont faits en retard, ou mal ;
  5. les recrutements stagnent parce que le CTO est le seul à conduire les entretiens finaux.

Ce mécanisme est raconté de l'intérieur dans notre article sur un CTO qui restructure sans quitter le terrain, avec la création d'un niveau d'Engineering Managers.

Faut-il recruter un Engineering Manager ou un Tech Lead ?

Recrutez un Tech Lead si le manque est technique, un Engineering Manager s'il est humain. La question revient dans presque toutes les organisations entre dix et trente ingénieurs.

Le Tech Lead porte la qualité technique et la livraison d'une équipe, et code une part importante de son temps. L'Engineering Manager porte les personnes : progression, feedback, recrutement, traitement des sous-performances.

Le Tech Lead Manager, qui fait les deux, est une étape d'apprentissage, rarement un état stable : quand l'équipe grandit, le management finit sacrifié. Au-delà de vingt ingénieurs, les deux rôles coexistent souvent, avec des Staff Engineers et des responsabilités écrites.

Head of Engineering ou VP Engineering : lequel recruter ?

Le Head of Engineering construit la couche de management, le VP Engineering pilote une organisation déjà structurée.

Le Head of Engineering, souvent premier manager de managers, connaît encore chaque équipe et recrute ou promeut les premiers Engineering Managers. Le VP of Engineering pilote l'organisation comme un système : planification multi-équipes, budget, performance à l'échelle, relation avec le CEO et le board, selon les thèmes que Will Larson consacre au rôle dans The Engineering Executive's Primer (2024).

Face au CTO, la distinction la plus citée reste celle de l'investisseur Fred Wilson : le CTO s'assure que l'approche technique est la bonne, le VP Engineering que l'équipe est la bonne (AVC, 2011). Si c'est la direction technique elle-même qui est vacante, lisez d'abord notre guide pour recruter un CTO.

Méfiez-vous du dirigeant de grand groupe importé trop tôt dans une scale-up où il faut tout construire : construire et faire tourner sont deux métiers. Et si tout le monde dépend de tout le monde, son premier chantier sera un redécoupage des équipes, au sens de Team Topologies : dites-le-lui avant qu'il signe.

L'arbre de décision du guide, rendu en tableau :

Si…Alors…
Le manque est technique, au sein d'une équipeTech Lead ou Staff Engineer
Le manque porte sur les personnes, sans managers à encadrer dans l'annéeEngineering Manager
Un ou deux managers à encadrer, des ingénieurs encore en directEngineering Manager senior ou Head of
Trois managers ou plus à recruter ou promouvoirHead of Engineering
Les managers sont en place, il faut piloter l'existantVP Engineering
Le CTO ne délègue pas réellement ce périmètreÉcrire d'abord le partage des rôles

Comment évaluer un Engineering Manager en entretien ?

On l'évalue sur ce que ses équipes sont devenues et sur son jugement, à partir d'un mandat écrit. Une fiche de poste décrit des missions. Un mandat décrit ce qui doit avoir changé dans douze mois : trois à cinq résultats vérifiables, comme « deux EM recrutés ou promus et autonomes ».

Le programme Project Oxygen de Google, fondé sur plus de 10 000 données d'évaluation et de feedback, montre que les équipes aux managers très efficaces obtiennent de meilleurs résultats et connaissent moins de départs (Google re:Work). Être un bon coach arrive en tête des dix comportements identifiés, l'expertise technique en huitième : nécessaire, pas suffisante. Le périmètre reste une très grande entreprise américaine.

Le processus en cinq étapes

C'est une pratique professionnelle, pas un protocole validé par la recherche. Toutes les étapes sont annoncées au candidat dès le premier échange : entretien de parcours (60 minutes), jugement technique sans code (60 à 75 minutes, mené par le CTO ou un Staff Engineer), mise en situation managériale (90 minutes), rencontres avec de futurs pairs et collaborateurs, références structurées.

Chaque évaluateur note seul avant le débrief collectif, pour que le premier avis exprimé n'emporte pas les autres. Version allégée de la scorecard comparative, notée de 1 (pas de preuve) à 4 (preuve répétée en contexte comparable), E signalant un critère éliminatoire :

CritèreEngineering ManagerHead of EngineeringVP Engineering
Accompagnement individuel20 % (E)––
Feedback, performance, culture20 % (E)–15 %
Développement de managers–25 % (E)20 % (E)
Livraison, puis pilotage multi-équipes15 %15 %20 % (E)
Structure des équipes–20 % (E)–
Jugement technique15 % (E)15 % (E)–
Recrutement15 %15 %15 %

Les critères restants, le seuil de décision et la mise en situation complète figurent dans le livre blanc et ses outils en PDF.

Tester le jugement d'un manager qui ne code plus

Pas de test de code : il sélectionne l'inverse de ce qu'on cherche. Le candidat qui code encore brillamment passe, celui qui a fait grandir deux équipes et code moins échoue. Les tests techniques ont leur place pour les développeurs, comme le montre notre article sur les tests techniques à l'ère de l'IA, pas pour juger un manager.

Quatre formats fonctionnent : une revue d'architecture sur un schéma anonymisé de vos systèmes, la lecture d'un post-mortem d'incident, un arbitrage entre trois chantiers de dette concurrents, la relecture d'une revue de code. Le signal d'alerte n'est pas d'ignorer une technologie récente. C'est de ne poser aucune question, ou de répondre par des principes sans revenir au cas.

Distinguer celui qui fait grandir ses équipes de celui qui contrôle la livraison

Des questions vérifiables font la différence : « Citez deux personnes que vous avez fait progresser, et ce que vous avez fait. » « Que s'est-il passé la dernière fois que vous avez été absent trois semaines ? » Celui qui développe donne des noms et des étapes. Celui qui contrôle parle de « l'équipe » en bloc, et en son absence tout s'arrête.

Le contrôleur peut convenir à six mois de crise, pas à un mandat de croissance. Et ne jugez pas un manager sur ses métriques de livraison : DORA, le programme de recherche qui les a popularisées, met lui-même en garde contre le fait d'en faire des objectifs et contre la comparaison entre applications très différentes (dora.dev, 2026).

Quelles tensions un manager technique doit-il savoir arbitrer ?

Un bon manager ne se reconnaît pas à l'absence de tensions, mais à la façon dont il les rend visibles et les arbitre. En entretien, demandez pour chacune un arbitrage réel qu'il a vécu.

TensionRéponse faibleRéponse solide
Livraison et qualité« On a tout livré » ou « j'ai refusé »Coût rendu visible, décision prise par qui porte le risque
Dette et roadmapUne grande refonte, sans effet mesuréUne part de capacité négociée, avec des ralentissements concrets
Recrutement et productivitéRecrute au rythme demandéPlan d'embauche ajusté à la capacité d'intégration
Bienveillance et exigenceÉvite les conversations difficilesA traité une sous-performance, avec un plan et une issue

Sur la dernière ligne, Project Aristotle, l'étude de Google sur 180 équipes, place la sécurité psychologique en tête des dynamiques des équipes efficaces (Google re:Work). Elle n'exclut pas l'exigence : un collègue toxique non traité la détruit pour tous.

Comment prendre des références sur un manager sans enfreindre le droit ?

En informant le candidat avant toute démarche et en ne posant que des questions liées à l'emploi. Pour un manager, la référence la plus informative est celle d'une personne qu'il a managée.

Le Code du travail impose que les informations demandées aient un lien direct et nécessaire avec l'emploi (article L1221-6), que le candidat soit informé des méthodes utilisées (L1221-8) et qu'aucune information ne soit collectée par un dispositif dont il n'a pas été informé (L1221-9). Le guide Recrutement de la CNIL (janvier 2023) autorise les références auprès de l'environnement professionnel si le candidat en a été préalablement informé. Le reste du cadre est détaillé dans notre article sur le RGPD dans le recrutement.

En pratique, à faire valider par votre conseil :

  • informez le candidat par écrit et faites-lui valider les personnes contactées ;
  • appelez un ancien N+1, une ou deux personnes managées et un pair ;
  • ne contactez jamais son employeur actuel sans son accord explicite ;
  • ciblez deux ou trois doutes précis issus des entretiens, et ne notez rien sur la santé ou la vie privée.

Cherchez la cohérence plutôt que l'enthousiasme : un 7 sur 10 expliqué vaut mieux qu'un 10 sans détail.

Faut-il promouvoir son meilleur développeur en Engineering Manager ?

Pas par défaut : la compétence qui l'a rendu excellent n'est pas celle qu'on attend de lui demain.

Une étude d'Alan Benson, Danielle Li et Kelly Shue (Quarterly Journal of Economics, 2019) sur près de 39 000 commerciaux de 131 entreprises américaines montre que les entreprises promeuvent d'abord leurs meilleurs vendeurs, alors que la performance de vente prédit mal la performance managériale (NBER). L'étude ne porte pas sur des ingénieurs : l'extrapolation est plausible, pas démontrée. Charity Majors, cofondatrice de Honeycomb, résume la position de nombreux praticiens : le management n'est pas une promotion, c'est un changement de métier (charity.wtf, 2017).

Nous recommandons une promotion réversible : trois à six mois annoncés comme un essai, trois à cinq personnes, des objectifs managériaux écrits plutôt que des objectifs de livraison, un binôme ou un coach, un retour de l'équipe à mi-parcours, et un retour vers la technique sans perte de statut ni de salaire. Si un avenant est signé, faites valider les conditions de retour par votre conseil. Une filière Staff et Principal, à rémunération comparable, évite que les meilleurs managent faute d'autre voie.

Que faire pendant les 90 premiers jours du nouveau manager ?

Lui donner un plan écrit qui limite les changements à un ou deux chantiers. Will Larson recommande à un CTO ou VP Engineering qui arrive de comprendre l'activité, la culture et l'équipe avant de changer quoi que ce soit, et de traiter d'abord ce qui est gravement cassé (lethain.com, 2020).

Pour un Head of Engineering : comprendre le premier mois, partager un diagnostic de deux pages vers J45, lancer un ou deux chantiers, écrire le plan à douze mois vers J90. Le bilan formel tombe avant la fin de la période d'essai initiale.

Le N+1, lui, ne reprend pas ce qu'il a délégué. Ensuite, suivez des signaux croisés : départs regrettés, personnes qui prennent des responsabilités, équipe capable de fonctionner sans son manager. Notre conversation avec Robin Leboeuf, Head of Engineering chez leboncoin, montre ce que demande une organisation qui doit tenir dans le temps. Pour les postes de direction les plus exposés, l'approche confidentielle de candidats en poste relève de l'executive search.

FAQ

À partir de combien de développeurs faut-il recruter un Engineering Manager ?

Il n'y a pas de seuil universel. Les repères de praticiens situent la capacité d'un manager autour de six à huit ingénieurs, mais la séniorité de l'équipe et la part de code attendue font varier ce chiffre. Le meilleur indicateur reste le comportement de l'organisation : one-to-one qui sautent, décisions qui remontent toutes au CTO.

Quelle est la différence entre un Engineering Manager et un Tech Lead ?

Le Tech Lead porte la qualité technique et la livraison d'une équipe, et code une part importante de son temps. L'Engineering Manager porte les personnes : progression, feedback, recrutement, sous-performances. Recrutez un Tech Lead si le manque est technique, un Engineering Manager s'il est humain.

Quand recruter un VP Engineering plutôt qu'un Head of Engineering ?

Le Head of Engineering construit la couche de management : il recrute ou promeut les premiers managers et redécoupe les équipes. Le VP Engineering pilote une organisation déjà structurée : planification multi-équipes, budget, relation avec le board. Si vos premiers managers ne sont pas en place, vous avez probablement besoin d'un Head of.

Comment évaluer un manager technique qui ne code plus ?

En testant son jugement plutôt que sa production : revue d'architecture, post-mortem, arbitrage de dette, relecture d'une revue de code. Complétez par une mise en situation managériale et par des références auprès de personnes qu'il a managées.

Peut-on prendre des références sur un candidat sans le prévenir ?

Non. L'article L1221-9 du Code du travail interdit de collecter des informations par un dispositif dont le candidat n'a pas été informé, et la CNIL rappelle que la prise de références suppose cette information. Faites-lui valider les personnes contactées et ne joignez jamais son employeur actuel sans son accord.

Faut-il promouvoir son meilleur développeur au poste de manager ?

Pas par défaut : selon une étude sur des commerciaux américains, la performance individuelle prédit mal la performance managériale. Si la personne en a l'envie, proposez une promotion réversible de trois à six mois, avec des objectifs managériaux écrits et un retour possible vers la technique sans perte de statut.

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