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Interview CTO

CTO de transition : Comment piloter la Tech quand tout vacille ?

Dans l'écosystème startup et scale-up, on imagine souvent le CTO (Chief Technology Officer) comme un architecte visionnaire bâtissant sur un terrain vierge. La réalité de Simon Tannai est radicalement différente. Simon n'intervient pas pour contempler des systèmes stables ; il arrive quand le moteur fume, que l'équipage est divisé et que la direction a perdu la boussole.

Être CTO quand rien n'est stable, c'est accepter que le code n'est qu'une infime partie de l'équation. Voici les leçons de management et de stratégie tech tirées de son parcours.

Le CTO comme "système de secours" : Pourquoi on l'appelle ?

Le recours à un CTO freelance ou de transition n'est jamais un choix de confort. C'est une réponse à des ruptures structurelles précises :

  • La transition subie : Un CTO historique s'en va, laissant un vide de leadership que le recrutement (souvent long de 6 mois) ne peut combler immédiatement.
  • La fracture sociale : Une équipe de développeurs "en guerre" contre une direction qui ne comprend pas les enjeux techniques.
  • L'accélération forcée : Un besoin de scaler alors que la tech est contestée et que la confiance est fragilisée.

Pour Simon, la mission ne consiste pas à "faire de la tech" pour le plaisir de l'art. Son crédo est pragmatique : « Je me passionne à résoudre des problèmes métiers et d’organisation, mais avec de la tech. »

La Tech est un Business : L'école de la contrainte

L'approche de Simon s'est forgée en agence web, là où les budgets sont serrés et les délais non négociables. C'est là qu'il a intégré une vérité fondamentale : le développement web est une fonction business.

Un code "parfait" qui arrive trop tard ou qui coûte trop cher est un échec. La valeur d'une solution technique se mesure à sa capacité à tenir dans la durée, à être maintenue par l'équipe en place et à supporter la pression de la roadmap produit. Son réflexe ? Raisonner en compromis plutôt qu'en idéal.

Le diagnostic : Les conflits de stack masquent souvent des crises humaines

En observant les ESN et les startups, Simon a fait un constat récurrent : quand une équipe ralentit, on blâme souvent l'outil (la stack technique), alors que le problème est organisationnel.

  • Responsabilités floues.
  • Vision produit mal partagée.
  • Ingénieurs déconnectés des enjeux financiers.

Un CTO efficace ne tranche pas entre React ou Vue ; il rend les arbitrages compréhensibles pour que le CEO et les développeurs parlent enfin le même langage.

Arriver sur un "champ de bataille" : Les deux premières semaines

Lorsqu'il intervient après un départ brutal, Simon adopte une posture d'observateur. Sa règle d'or ? « Les deux premières semaines, zéro code. »

Avant d'ouvrir un IDE (environnement de développement), il faut soigner l'humain. Il rencontre chaque développeur en tête-à-tête pour comprendre les frustrations. Souvent, les récits sont opposés. Son rôle est alors de recréer un cadre décisionnel neutre.

La légitimité technique : parler le langage de l'ingénieur

Si le rôle est humain, il nécessite une colonne vertébrale technique solide. On ne gagne pas la confiance d'un développeur senior avec des concepts de management vagues.

« Comment tu gagnes la confiance d'un ingénieur ? En lui parlant comme un ingénieur. »

Cette légitimité lui permet d'objectiver les débats, de détecter les "vrais" problèmes de dette technique et d'éviter que les décisions ne deviennent purement politiques.

La migration technique comme symptôme organisationnel

Simon cite l'exemple d'une migration de PHP vers Node.js. On peut penser que c'est un choix de stack. Pour lui, c'était une réponse à un problème de recrutement et d'attractivité. La stack n'était pas le problème, c'était la capacité de l'entreprise à avancer qui était entravée.

Chaque changement d'architecture doit être relié à un bénéfice concret pour l'entreprise :

  1. Plus de rapidité de livraison (Time-to-Market).
  2. Une meilleure scalabilité.
  3. Une facilité de recrutement accrue.

L'objectif ultime : Se rendre inutile

C’est sans doute le point le plus contre-intuitif du parcours de Simon : une mission réussie est une mission qui se termine.

Il définit le succès par l'autonomie totale de l'équipe :

  • Quand les standards de qualité sont intégrés.
  • Quand les discussions d'architecture n'ont plus besoin d'arbitre.
  • « Quand je n'ai plus rien à dire en code review. »

Pour un CTO de transition, rester par confort est une faute professionnelle. Le vrai actif du freelance est sa capacité à stabiliser un système, puis à passer le relais à un CTO permanent dans des conditions saines.

Entreprendre avec Givematic : La tech au service de la philanthropie

Aujourd'hui, Simon cofonde Givematic (anciennement 3615assos). Le constat de départ est typique de son approche : des milliards d'euros dorment dans des fonds philanthropiques faute d'outils simples pour les distribuer.

Le défi ici n'est pas tant l'interface utilisateur que la complexité réglementaire et financière. Les banques sont parfois frileuses avec les structures non lucratives. Encore une fois, Simon résout un problème structurel (le flux de dons) par une réponse technologique agile.

Conclusion : La définition du CTO selon Simon Tannai

Qu'est-ce qu'un CTO, finalement ? « C’est le titre qu’on te donne quand tu dois trouver des solutions. »

C'est un rôle de responsabilité totale. Responsable de l'alignement entre ce que l'entreprise veut vendre et ce que les machines peuvent produire. Dans un monde où rien n'est stable, le CTO est celui qui apporte la clarté.

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